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Panama Pappers : Les États africains doivent s'organiser pour lutter contre la délinquance financière à l'échelle continentale.

Posté par: Mamadou Niang| Mercredi 27 avril, 2016 22:04  | Consulté 985 fois  |  0 Réactions  |   

Nous demandons au Président en exercice de la CEDEAO, en l'occurence son Excellence le Président Macky Sall de porter une initiative sous-régionale voire continentale pour endiguer le fléau qu'est devenu l'évasion de nos maigres ressources financières vers les paradis fiscaux. En effet, la publication récente du volumineux document "Panama pappers" par le cabinet d'avocats Mossack Fonseca n'est que la face visible de l'iceberg de la délinquance financière mondiale greffée sur le système financier international. Ainsi, nous ne pouvons que constater avec amertume le nombre d'africains présents dans ce document avec des montants dont l'unité de mesure est souvent le ''milliard'' au moment où les populations africaines sont plongées dans une misère triviale. Cette lutte doit être portée par plusieurs pays africains car aucun pays n'a la capacité de lutter seul contre ce fléau. L'exemple le plus patent est le cas de l'Etat du Sénégal qui depuis la deuxième alternance tente vainement de retrouver l'argent planqué dans ces milieux opaques par certains dignitaires du régime précédent. Aujourd'hui beaucoup de citoyens sénégalais  pensent que cette argent n'existe pas car l'Etat n'y a pas mis sa main, mais penser ainsi c'est ignorer royalement le mode de fonctionnement de ce qu'il est convenu désormais d'appeler les ''boites noires'' de la mondialisation financière, que constituent ces territoires à fort secret bancaire et à fiscalité faible ou nulle. La vérité c'est que l'État du Sénégal ne pourra jamais recouvrer cette manne financière dans sa totalité parce que tout simplement il n'y a aucune coopération judiciaire entre ces territoires et un quelconque État, et cela dans le but de protéger suffisamment leurs clients. C'est dans ce contexte d'expression des grands ensembles géographiques qu'est lancé dans l'espace européen depuis Octobre 1996, l'Appel de Genève, qui est une demande émise par de grands magistrats anti-corruptions pour un espace judiciaire européen dans le but de lutter contre les malversations financières. Parmi ces magistrats nous pouvons citer Denis Robert qui est le chef de file suivis de Bernard Bertossa, Edmondo Bruti Liberati, Benoît Dejemeppe, Baltasar Garzon Real, Renaud Van Ruymbeke etc. Toujours dans la même dynamique européenne, une tribune est signée  en mai 2001 par les juges Eva Joly, Jean de Maillard, ainsi que les procureurs Bernard Bertossa et Benoît Dejemeppe, dans Le Monde. Elle est intitulée "Les boîtes noires de la mondialisation financière" entendez par là, les différents lieux où s'opère souvent à grande échelle la délinquance financière. Il s'agit des paradis fiscaux, des paradis bancaires, des paradis financiers etc. Cet appel pour la lutte contre l'évasion fiscale internationale est réitéré encore récemment en juin 2013 lors du Sommet du G8 en Irlande du Nord consacré exclusivement à la question. Ainsi parmi les signataires de l'appel au G8, lancé à l'initiative des trois réseaux contre la corruption, il y a Global Witness, Transparency International et Corruption Hunters Network, y figurent aussi Richard Findl (procureur de la république à Munich), Richard Goldstone (ex-procureur général des tribunaux pénaux des Nations unies pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda), Eva Joly (juge et députée européenne), Drag (ex-président du groupe anticorruption du Conseil de l'Europe) et Mark Pieth (président du groupe anti-corruption de l'Organisation de coopération et de développement économiques). Nous citons ici les propos des signataires inclus dans une lettre adressée aux différents chefs d'État du G8 : "En tant que groupe de personnes qui s'est efforcé de mettre au jour la corruption et de lutter contre celle-ci, nous avons été directement témoins des effets préjudiciables du pillage des avoirs de l'Etat par des politiciens et fonctionnaires peu scrupuleux. Cet acte entrave le développement au sein de certains pays parmi les plus pauvres au monde, en privant le gouvernement de recettes dont il a désespérément besoin pour lutter contre la pauvreté. La grande corruption serait impossible sans l'aide du système financier mondial, notamment les banques qui acceptent les avoirs issus de la corruption, poursuivent-elles, et sans les règles de confidentialité qui permettent aux blanchisseurs d'argent de masquer leurs activités.'' Après ce constat alarmant, les signataires préconisent deux réformes indispensables : l'adoption de mesures empêchant que des sociétés-écrans (trusts, compagnies financières opaques) soient utilisées pour dissimuler et blanchir l'argent issu d'activités criminelles (fraude fiscale, trafics de drogue…) ; l'interdiction pour les banques de faire affaire avec des responsables politiques corrompus. Mais aussi de mettre en garde les banques qui accepteraient l'argent de dirigeants politiques corrompus, et que celles-ci devraient être passibles de sanctions vigoureuses et dissuasives. La publication des ''Panama pappers'' a déjà eu comme dégâts collatéraux politiques, la démission du Premier Ministre islandais et d'un ministre espagnol. Barack Obama avait déclaré au début des révélations que l'évasion fiscale, qu'elle soit légale ou illégale, était un ''problème mondial''. Et ce n'est pas fini car les autorités américaines, par le procureur de New York Preet Bharara,  ont décidé de diligenter une enquête pénale profonde pour déterminer l'ampleur de l'implication de certaines personnalités américaines même si pour l'instant les États-Unis sont les moins touchés par ce scandale. C'est dire que d'autres révélations suivront, car une révélation en cache toujours une autre. 

Mais si l'Europe et les États-Unis s'organisent pour réprimer la délinquance financière internationale, nous ne devons pas être en reste car il est vrai aujourd'hui que ce fléau touche plus l'Afrique que n'importe quel autre continent et le fossé entre pauvres et riches ne cesse de se creuser davantage. Les enjeux du moment nous obligent aujourd'hui de prendre en compte cette question de manière responsable, pour que soit posé le débat au niveau des instances sous-régionale et continentale afin que des décisions ou des mesures collectives soient prises pour favoriser le bon usage des ressources financières dédiées au développement économique et social de l'Afrique. En outre, nous savons aujourd'hui que le financement du terrorisme mondial n'est pas étranger à ce type d'activités financières suspectes. Ce débat ne se pose donc pas, mais s'impose. Ainsi, nous ne voulons plus que le langage de nos hommes politiques soit celui de la résignation, de l'impuissance et de l'acceptation passive des choses telles qu'elles sont et telles qu'elles doivent demeurer.  C'est pour cela, que nous lançons un appel au Président Macky Sall, en sa qualité de Président en exercice de la CEDEAO d'interpeler ses pairs sur cette question qui, à notre humble avis, mérite une place de choix dans les discussions au sommet. Pour terminer, nous dirons tout simplement, que l'avenir de l'Afrique dépend de ce que l'immense majorité de nos politiques est prête à faire au nom des intérêts supérieurs du continent mais aussi à savoir si cette immense majorité de politiques est prête à apporter collectivement, une proposition constructive en réponse aux problèmes de ce genre. Sinon l'issue pourrait être sinistre, comme l'illustre si abondamment l'histoire, maîtresse infaillible.

 

Mamadou Niang Étudiant en Master II option Climatologie.

Spécialités : Mécanisme du changement climatique et

Étude d'impact environnemental(E.I.E)

Coordinateur du MEER départemental de Bakel

Chargé de la communication du MEER National

mamadou3.niang@ucad.edu.sn

maf340@live.fr

 L'auteur  Mamadou Niang
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Mots Clés: Macky Sall, CEDEAO, Afrique
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Mamadou Niang
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